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Dire que c’est une si belle idée, cette école inclusive… On se prend à évoquer jusqu’aux mânes de Charlemagne, l’école pour tous !

Pour tous, quelle que soit leur origine, leurs difficultés, leur handicap, dans une école accueillante, adaptée, inclusive en un mot, puisque nous touchons là à l’alpha et l’oméga de la société idéale, rêvée.

Pour tous ? Vraiment ?

Hélas, il y a loin du rêve à la réalité, surtout quand on ne veut pas voir la réalité de notre société, bien loin d’être encore inclusive. Elle le deviendra, nous l’espérons tous, elle est en progrès, mais…..

Aujourd’hui, trop d’enfants handicapés, tous handicaps confondus, ne sont pas scolarisés. Trop d’enfants n’ont pas accès à l’école de la République, parce que les locaux, les AESH, les formations des enseignants, le nombre d’élèves par classe…Mauvais arguments, alors qu’il y a des solutions possibles. Au prix de grandes réformes, sans doute, mais possibles.

Pas pour tous cependant... Certains handicaps particulièrement lourds et d’accompagnement très complexe et très spécifique n’ont pas forcément leur “place (tiens ? Je croyais que c’était un vilain mot, politiquement incorrect ?) en classe”.

Monsieur Pap N’Diaye, ministre de l’Éducation Nationale, déchaine le scandale auprès de nombre d'associations, en disant que « tous les enfants » ne peuvent pas aller à l’école. A-t-il tort pour autant ? Nous ne le pensons pas. Mais nous aimerions qu’il aille plus loin et, comme l’y invite la loi de 2005, qu’il se donne -nous donne- les moyens de compenser cette impossibilité.

Dans le champ des politiques publiques, et même dans certaines associations, on le sait, les besoins réels de nos enfants sont majoritairement inconnus. Il faut penser en termes de fatigabilité, d'attention, de temporalité différente, d'épilepsie, de confort, d'hyperacousie, et j'en passe. Devons-nous paraphraser Pascal  ? "Le handicap a ses limites que l'inclusion ignore" ? ...Mais qu'une société réellement inclusive devrait trouver le moyen de contourner, plutôt que de les dénier ?

L’école actuelle ne peut pas faire face à ces besoins, ni accueillir TOUS les enfants porteurs de handicaps lourds et complexes, notamment polyhandicapés, mais pas seulement, faute de personnel assez nombreux et formé qui, déjà, fait défaut dans les établissements dédiés... Elle peut, temporairement, en accueillir un ou deux, une heure par ci par là, et ce sont les enfants dont les capacités sont les moins altérées.

Alors on leur fait des unités « externalisées » (entendez hors des établissements médico-sociaux), et c’est déjà une reconnaissance de leur spécificité. Mais, indépendamment de leur très petit nombre, ces unités ne conviennent malheureusement pas à tous, au regard de ce qui a été dit plus haut, et cela, malgré le « cahier des charges » à l’élaboration duquel le Groupe Polyhandicap France a largement participé ; peut-être à 10% d’entre eux.
Et les autres ??

Décider à la place des personnes de ce qui leur convient, y compris à tort, constitue un véritable risque d’exclusion quand on ne prend pas en compte leur réalité.
Pense-t-on en fonction des enfants ou en fonction d’une norme, qui correspond au plus grand nombre, mais pas à tous ? Qui finit par exclure les plus fragiles, les plus démunis, ceux qui ont tant besoin d’attention ?

Doit-on limiter notre volonté à les sortir de l’institution médico-sociale pour les inclure dans l’institution de l’école ? Raisonnement spécieux s’il en fut ! Passer d’une institution à l’autre, quel intérêt ? Cela pourrait tout au plus être symbolique si ce n’était fait à leur détriment. Et nous parlons du polyhandicap, mais il y a des réalités tout à fait semblables dans le champ de certaines formes d’autisme, de troubles du comportement, de handicap psychique…

Un jour, peut-être, l’école aura si profondément changé qu’elle ouvrira le champ de tous les possibles. Mais ce jour est loin, en supposant qu’il advienne. En attendant, faut-il les priver d’école ? Car si tous les enfants n’y ont pas leur place, cela ne remet pas un instant en cause leur droit aux apprentissages scolaires.

Il s’agit d’un droit inaliénable. La plupart des difficultés de ces enfants à être dans une unité externalisée pourraient être palliées par une scolarisation à l’intérieur même de leurs établissements médico-sociaux. Il est inacceptable, honteux de les priver de scolarisation alors qu’elle pourrait s’effectuer au sein de ces structures accueillantes, où la socialisation s’apprend aussi dans un environnement favorable car adapté à leur spécificité.

Nous connaissons les qualités de nos enfants. Ce ne sont pas simplement de petits êtres fragiles et vulnérables. Ce sont des personnes merveilleuses, courageuses, et animées d’une formidable envie de vivre pleinement, malgré toutes leurs difficultés. C’est parce que nous savons cela que nous ne laisserons pas des dogmes les détruire. Non, l’école de la République n’est pas prête pour eux, elle n’est prête que pour bien peu d’entre eux, les moins atteints.

Pourquoi y a-t-il six millions d’euros dédiés à la seule école inclusive où à peine 10% d’enfants polyhandicapés pourront aller ? 90% d’entre eux devront-ils continuer à se contenter des quelques enseignants distribués au compte-gouttes dans les établissements médico-sociaux ? Alors que ces enseignants sont, là, épaulés par les professionnels qui accompagnent les enfants toute la journée dans un esprit de transdisciplinarité leur permettant de tout partager ? Voilà qui contribue vraiment au plus grand bien-être et épanouissement de toutes les potentialités de nos enfants.

Quant à cette société inclusive que nous appelons tous de nos vœux, si on est attentif aux besoins, aux désirs des enfants, il y a d’autres solutions d’inclusion que l’école. Je rêve de ludothèques partagées, de terrains de jeux adaptés dans les parcs, de métros accessibles, de piscines correctement équipées, de vélos-pousse et de véhicules adaptés en location, de lieux publics de change, de tous ces petits riens qui font le bonheur des autres enfants et que les nôtres ne peuvent pas partager. Plus que l’inclusion au cœur d’une cité parfois hostile, je rêve d’une inclusion au cœur du quotidien de Monsieur tout le monde….

Pourquoi, mais pourquoi n’écoute-t-on pas la parole des parents, des professionnels qui accompagnent au jour le jour nos enfants ? Dans ces temps prétendus de co-construction prime trop souvent, hélas, la parole de ceux qui ne connaissent que partiellement les sujets sur lesquels ils s’expriment et ignorent les besoins d’accompagnement spécifiques et prégnants des personnes porteuses de handicaps complexes.​



 
Marie-Christine Tézenas du Montcel
Présidente